Le qanât, un prodige de technologie hydraulique

Son origine remonte à plus de trois millénaires. Le génie persan a su créer, mille ans avant l’ère chrétienne, un système ingénieux d’irrigation toujours en activité grâce auquel des villes entières sont nées de terres arides en bordure de déserts inhospitaliers.

Le qanât iranien, « système d’amenée des eaux souterraines » depuis des distances considérables jusqu’aux habitations et aux terres agricoles, figure depuis le 15 juillet 2016 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Ce sont en tout, sur un réseau de plus de 30 000 canalisations, 11 qanâts qui ont été retenus pour cette distinction. Le plus ancien d’entre eux, nommé « Qanât de Qasabeh du Gonabad », situé dans la province du Khorasan-e Razavi est vieux de 3 700 ans. Le plus long de tous, celui de Zarch, situé dans la région de Birdjand, dans le Khorasan du Sud, mesure 80 km de longueur et comporte plus de 2 000 puits destinés à son entretien et à son aération.
La technique du qanât est la plus ancienne et la plus fameuse technique d’irrigation perse qui a rayonné dans la monde oriental jusqu’en Chine et dans la continent européen jusqu’en Espagne. Véritable performance technologique connue sous la dynastie achéménide (550 – 330 av. J.C.), elle s’apparente à un système d’aqueduc souterrain se déplaçant durant des kilomètres sous le sol du désert et des plaines arides avant d’affleurer en bordure d’habitations, apportant la vie à des populations entières au fil de centaines d’années.
L’origine du mot viendrait de la langue akkadienne et signifierait « roseau ». L’akkadien utilisait l’alphabet cunéiforme et serait la plus ancienne des langues sémitiques connues. Le terme sera repris par des langues non sémitiques comme le grec ancien et le latin. Cette dernière emploiera le mot « cannalis » signifiant ce qui a la forme d’un roseau, pour désigner un tuyau ou une galerie. De ce lexique on déduira également le vocable persan « Moqanni » désignant l’artisan ou le puisatier en charge de construire le qanât.

A Yazd, un « Musée de l’eau »
Le vieux perse ignore le terme mais il apparaît en persan (perse moderne) sous la forme de « kahriz » ou « kâriz ». La technique de construction du qanât consiste à forer un puits, dit « puits mère », pouvant atteindre plus de 300 mètre de profondeur, afin d’atteindre la nappe phréatique recueillant les précipitations infiltrés dans le relief montagneux. Ce sera le coup d’envoi d’une longue série de puits dits « intermédiaires », espacés de 50 à 100 mètres, dont la fonction est de servir de relais pour le creusement d’une galerie de faible inclinaison grâce à laquelle l’eau souterraine sera détournée pour être acheminée jusqu’aux villes et villages fort éloignées des zones d’altitude. Ainsi, il devient possible d’observer, depuis un avion ou des points de vue élevés, tout un chapelet de percements dans le sol, souvent désertique, reliant sur des distances considérables, les agglomérations aux points où l’eau a été ponctionné en profondeur.
Ce prodige technique remontant à l’antiquité la plus ancienne est toujours en action et continue d’alimenter parcs et jardins tels les fameux jardins de « Fine » à Kachan ou ceux de Yazd, ville oasis du centre de l’Iran. Cette cité, d’ailleurs, héberge un « Musée de l’Eau », dont la visite s’impose pour comprendre le fonctionnement des qanâts, exposé notamment grâce à des maquettes dévoilant toute la complexité de leur fonctionnement. A Yazd toujours a été fondé un « Centre international des qanâts et de l’histoire des structure hydrauliques », sous l’égide de l’Unesco. Une reconnaissance, par cette institution, du savoir-faire persan qui a su rayonner de par le monde.

Un procédé écologique ancestral
Au nombre des ingéniosités entourant le système du qanât figure le système de distribution des eaux recueillies sur les hauteurs. Ce dernier est régi par un responsable nommé « Mirâb » signifiant littéralement « maître des eau » (« Amir-e âb »). L’autre nom par lequel on le désigne est « Âbyâr » (« Le chargé d’eau »). Le Mirâb, « veilleur hydraulique », laisse les eaux filer sur les terrains agricoles avec parcimonie de sorte que tous les propriétaires puissent en bénéficier de manière équitable. Pour ce faire il recourt à une clepsydre, « sâ’at-e âbi » ou « horloge d’eau », afin de chronométrer le débit et de dévier le cours des ruisseaux en un temps défini. L’appareil consiste en une bassine remplie d’eau sur laquelle est posée une autre bassine de taille moindre dont le fond est troué de sorte à le laisser se remplir progressivement selon la même logique que celle d’un sablier.
Le qanât, qui résiste aux catastrophe naturelles (tremblements de terre, inondations) présente également un intérêt écologique non négligeable. Représentant il y a une trentaine d’années, la moitié des systèmes d’irrigation en Iran, il déplace les eaux de ruissellement, par la seule loi de la gravité, sur des distances considérables. Aucune énergie électrique ni aucun système de combustion n’est employé dans ce procédé aux origines millénaires. En ce début du 21e siècle, alors que les états n’ont de cesse de promouvoir les énergies alternatives, on ne peut qu’admirer l’ingéniosité iranienne matérialisée par la technologie du qanât à laquelle on doit l’apparition de plus d’un environnement verdoyant dont le jardin persan synonyme, dans la tradition poétique, de « paradis ».